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La vidéo intelligente prend un nouveau visage


Dans le contexte durable de la pandémie de Covid-19, les collectivités publiques et les acteurs privés s’interrogent sur les moyens à mettre en œuvre pour contrôler le port du masque et la distanciation sociale au sein de la population. La vidéo intelligente apparaît comme un nouveau système capable de faire respecter ces protocoles, malgré le spectre d’une dérive sécuritaire portant atteinte à nos libertés.

Le monde de l’après Covid-19 se dessine peu à peu sous nos yeux. Nul ne sait à quoi il ressemblera vraiment mais d’ores et déjà, des surprises se font jour et qui laissent à penser que tout ne sera plus exactement comme avant. En attendant la mise au point d’un vaccin, il faut vivre avec le virus et s’efforcer de continuer à pratiquer les gestes barrières, afin d’empêcher toute nouvelle propagation.

La vidéo intelligente pour détecter le port du masque

Pour s’assurer que la population joue le jeu, certaines collectivités publiques et certaines entreprises privées rompues à l’usage de la vidéosurveillance sont tentées de faire appel à l’intelligence artificielle, une technologie qui se nourrit des quantités pharamineuses de données produites sur l’épidémie pour devenir un outil de gestion de crise.

La vidéo intelligente, comme on l’appelle déjà, serait en mesure de détecter les gens qui portent un masque et ceux qui n’en portent pas. Un algorithme mettant en relation les caméras existantes dans l’espace public, ou privé, avec la vision par ordinateur, pourrait en somme alerter en temps réel les autorités sur le comportement des citoyens ou des salariés. La ville de Cannes joue les précurseurs, puisqu’elle teste depuis la fin du mois d’avril un système de vidéo intelligente de détection du port du masque anti-Covid-19 sur plusieurs marchés. Elle a été suivie début mai par Paris, qui fait la même chose dans la station de métro Châtelet-Les Halles, toujours à titre expérimental.

Anticiper les crises sanitaires

La vidéo intelligente pourrait également servir à surveiller le respect de la distanciation sociale dans la rue ou au travail, même si pour l’heure, il est évidemment incapable de reconnaître les membres d’une même famille vivant sous un seul toit. Plusieurs start-up de la high-tech avancent d’arrache pied sur le sujet, comme celle qui expérimente depuis le mois d’avril un « détecteur de distanciation sociale » dans le centre-ville d’Oxford, en Angleterre. Sa mission ? Identifier les rapprochements humains de moins de 1,80 mètre au nom de « la sécurité » des passants.

Jusqu’à aujourd’hui, la vidéosurveillance avait pour objet de veiller à la sécurité des biens et des personnes, en repérant les risques de délinquance, d’intrusion ou d’attaque terroriste. Demain, elle pourrait anticiper les crises sanitaires, sous réserve que les personnels exploitant les images soient formés en conséquence. Et qu’un cadre règlementaire idoine soit mis en place, ce qui soulève d’emblée des questions éthiques.

Assurer la sécurité ou porter atteinte à nos libertés ?

Maryse Artiguelong, vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, organisation au sein de laquelle elle co-dirige un groupe de travail intitulé « Libertés et technologies de l'information et de la communication », a récemment tiré la sonnette d’alarme. Selon elle, la vidéo intelligente est une nouvelle « atteinte à la vie privée », dans la mesure où elle porte atteinte « à la liberté de circuler sans être surveillé ».

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), de son côté, appelle à la vigilance sur l’emploi de caméras dites « intelligentes » dans le contexte actuel de déconfinement lié à l’épidémie. Elle reconnaît le bien fondé des objectifs sanitaires assignés à ces nouveaux dispositifs, mais elle souligne que leur déploiement entraînerait la collecte et l’analyse systématiques de données d’individus, sans leur consentement. Avec le risque de diffuser un sentiment de surveillance générale dans la population, de générer des phénomènes d’accoutumance et de banalisation de ces technologies intrusives, et d’engendrer une surveillance accrue allant à l’encontre des principes démocratiques de notre société.

On peut même imaginer, d’après la CNIL, que le déploiement massif de la vidéo intelligente, comme d’ailleurs celui des drones ou des caméras thermiques pour surveiller la température corporelle, pousse les personnes sachant leur image captée à modifier, consciemment ou non, leurs attributs ou leurs comportements. Une dérive qui serait d’autant plus grave qu’à ce stade, aucun texte de loi, et a fortiori aucun débat public, n’évoque l’usage de caméras intelligentes.

Or un droit d’opposition devrait pouvoir s’appliquer. Avant de pouvoir être déployés, dans l’espace public ou dans l’espace privé, ces systèmes devront se soumettre au Règlement général sur la protection des données (RGPD). Dans cette perspective, la CNIL pointe la nécessité de s’interroger sur la proportionnalité du recours à de tels dispositifs et appelle donc à la plus grande vigilance.

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